Le placenta lotus intrigue, fascine ou dérange. Certaines personnes y voient une pratique spirituelle profondément respectueuse du rythme du nouveau-né. D’autres la jugent inutile, voire dangereuse. Alors qu’en est-il réellement ? Est-ce un risque pour le bébé ? Existe-t-il des bienfaits ? Et pourquoi certaines familles choisissent elles de laisser le placenta attaché plusieurs jours après la naissance ?
Dans cet article, je te propose une vision complète et nuancée du placenta lotus, afin que tu puisses te faire ton propre avis, en conscience.Qu’est-ce que le placenta lotus ?
Le placenta lotus consiste à laisser le placenta attaché au bébé après l’accouchement, sans couper le cordon ombilical. On attend que le cordon sèche naturellement et tombe de lui-même, ce qui se produit généralement entre trois et sept jours après la naissance.
Cette pratique est le plus souvent choisie lors d’un accouchement à domicile ou en maison de naissance, car en milieu hospitalier, la conservation du placenta est rarement autorisée.
Dans un placenta lotus, le processus de séparation entre le bébé et son placenta n’est pas provoqué. Il se fait naturellement, sans intervention. Après la naissance, le placenta est rincé délicatement, puis recouvert abondamment de gros sel afin de favoriser son assèchement. Parfois, des fleurs ou des plantes séchées sont ajoutées, autant pour leurs propriétés que pour la symbolique.
Voici la réglementation selon le pays
France
Récupérer son placenta : interdit à l’hôpital En France, la loi considère que le placenta n’appartient pas à la mère. Les éléments du corps humain ne peuvent pas être appropriés ou utilisés librement. Après la naissance, il y a seulement deux possibilités :-
- il est traité comme un déchet médical à risque infectieux (DASRI) et incinéré
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- il est prélevé pour la recherche ou un usage thérapeutique avec consentement.
Belgique
La loi belge est moins explicitement codifiée, mais dans la pratique hospitalière :-
- le placenta est géré comme un déchet médical (risque infectieux)
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- les hôpitaux peuvent refuser de le remettre pour des raisons sanitaires
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- souvent refusé en maternité
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- toléré parfois en maison de naissance ou accouchement à domicile
Québec
Le Québec est le plus permissif. Depuis 2017, les établissements doivent remettre le placenta aux parents qui en font la demande, avec certaines conditions. Conditions :-
- faire la demande avant l’accouchement
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- signer un document de responsabilité
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- respecter des règles d’hygiène.
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- le placenta est contaminé (infection, virus, etc.).
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- récupérer son placenta possible
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- bébé lotus souvent accepté si les parents gèrent le placenta.
Placenta lotus et clampage tardif : ne pas confondre
Il est important de distinguer le placenta lotus du simple clampage tardif du cordon. Aujourd’hui, de nombreuses recommandations reconnaissent les bénéfices d’attendre que le cordon cesse de battre avant de le couper. À la naissance, une part importante du volume sanguin du bébé (30%) se trouve encore dans le placenta.
Attendre quelques minutes permet au nouveau-né de recevoir la totalité de son sang, ce qui soutient son adaptation à la vie extra-utérine et améliore ses réserves en fer.
Le placenta lotus va plus loin. Une fois que le cordon a cessé de battre et que la circulation sanguine s’est arrêtée, il n’y a plus d’échange entre le bébé et le placenta. Le choix de laisser le placenta attaché au-delà de ce moment ne repose donc pas sur un bénéfice physiologique démontré, mais sur une démarche plus globale, souvent symbolique et émotionnelle.
Le placenta lotus est-il dangereux ?
C’est la question qui revient le plus souvent. Beaucoup de professionnels de santé expriment des réserves, principalement en raison du risque infectieux potentiel. Il est vrai que le placenta est un organe riche en sang, et qu’un tissu organique mal entretenu peut se dégrader. Cependant, lorsqu’il est correctement pris en charge, le placenta ne “pourrit” pas. Il est soigneusement rincé après la naissance, égoutté, puis recouvert de gros sel en quantité suffisante. Le sel agit comme un agent naturel d’assèchement. Chaque jour, le lange est changé et le sel renouvelé. En quelques jours, le placenta se déshydrate complètement. Le cordon devient sec et rigide, comparable à du cuir, avant de se détacher naturellement. À ce jour, il n’existe pas de données montrant une mise en danger d’un nouveau-nés lorsque la pratique est réalisée avec des règles d’hygiène strictes. Cela ne signifie pas qu’il faille banaliser le geste, mais plutôt qu’il mérite d’être compris au lieu d’être méprisé. Comme pour toute décision autour de la naissance, l’information, l’accompagnement et le bon sens sont essentiels. Certaines situations médicales, comme une infection maternelle ou un accouchement compliqué, demandent évidemment une réflexion plus approfondie.Mon expérience
J’ai eu l’occasion de parler de cette pratique avec de nombreux parents et dans aucun cas, le placenta lotus qu’ils ont pratiqué n’a provoqué de l’infection. Il s’est même avéré que le cordon était beaucoup plus rapidement sec que lors d’un clampage. D’ailleurs ayant eu pour mon deuxième bébé un cordon qui a tenu longtemps malgré un clampage. Je peux dire qu’un cordon qui reste presque une semaine et qui malgré les soins, commence à sentir, c’est vraiment pas agréable. Finalement le placenta lotus empêche toute décomposition même du cordon malgré le fait qu’il ne soit pas dans le sel.D’où vient cette pratique ?
Le placenta lotus s’inscrit dans une vision plus ancienne et plus symbolique de la naissance. Dans certaines cultures traditionnelles, le placenta est considéré comme un organe sacré, parfois vu comme le “jumeau spirituel” de l’enfant. Il est enterré avec cérémonie, planté au pied d’un arbre ou honoré par un rituel spécifique. Il y a aussi la croyance que l’âme de l’enfant est totalement incarnée quand le placenta se détache du nombril.
Dans notre société occidentale moderne, le placenta est souvent réduit à un simple déchet médical. Pourtant, il a nourri, oxygéné et protégé le bébé pendant neuf mois. Il a permis la vie. Même si cette pratique ne parle pas à tout le monde, je trouve qu’il est important de remettre de la gratitude et de la célébration dans nos vies. Reprenons le temps de célébrer la beauté et la grandeur de la vie. Prendre le temps de remercier cet organe qui a soutenu la vie pendant toute la grossesse peut sembler anodin, mais cultiver la gratitude transforme profondément l’expérience émotionnelle.
Même sans adhérer à une dimension spirituelle particulière, il y a quelque chose de puissant dans le fait d’honorer ce qui a permis à ton bébé d’arriver en bonne santé dans tes bras.
Une pratique qui pourrait te plaire finalement
Si les bénéfices pour ton bébé après l’arrêt des battements du cordon ne sont pas démontrés, les bénéfices pour la jeunes maman sont avantageux.
Laisser le placenta attaché oblige à ralentir. Les manipulations du bébé sont plus douces. Les déplacements sont limités. La mère reste davantage allongée avec son nouveau-né. Indirectement, cela favorise un post-partum plus calme, plus intériorisé, plus respectueux du besoin de récupération des premiers jours.
Cette première semaine est fondamentale. Pour l’utérus qui se contracte. Pour l’allaitement qui se met en place. Pour le système nerveux maternel qui redescend après l’intensité de l’accouchement.
Le placenta lotus crée une bulle.
Concrètement, comment cela se passe-t-il ?
Après la naissance, le placenta est rincé doucement à l’eau claire afin d’enlever les résidus sanguins. Il est ensuite égoutté puis placé dans un lange propre. On le recouvre généreusement de gros sel, parfois agrémenté de plantes ou de fleurs séchées. Chaque jour, le lange est changé et le sel renouvelé afin de maintenir le processus d’assèchement.
Au fil des jours, le placenta se déshydrate naturellement. Il ne dégage pas d’odeur forte. Le cordon sèche progressivement, devient ferme, puis tombe de lui-même, comme le ferait un cordon classique après section.
La vigilance reste importante : on observe le bébé, on surveille l’absence de rougeur ou de signe infectieux au niveau du nombril, comme on le ferait dans n’importe quel post-partum.